A Lôzan, le contribuable se déshabille devant le fisc une fois par année, avec l'arrivée du printemps. Etant eux aussi entrés dans l'aire informatique, les Vosdoigts peuvent faire leur déclaration grâce au cédé VaudTaxe avec le dessin de Mix&Remix dessus.
A Shanghai, c'est une fois par mois qu'il faut montrer culotte blanche, du moins pour certaines entreprises. Et la déclaration doit s'effectuer au moins partiellement de manière électronique par un jeu de passe-passe de clés USB.
Et lorsqu'on a finit, on remet soi-même sa copie dans son dossier-enveloppe qu'on trouvera, après quelques recherches, dans le bac à lessive à côté du bureau du taxateur.
La scène se déroule dans un taxi près d'un périf de Shanghai. Vous êtes perdu et cherchez à téléphoner au Chinois que vous devez rencontrer pour (tenter de) lui demander le chemin. Mission qui peut déjà être périlleuse dans des conditions optimales.
Et là, manque de bol, le chauffeur n'a pas de téléphone et vous êtes le malheureux propriétaire d'un Sonyericsson P990i, dernier modèle qui vous a fait claquer l'équivalent de plusieurs milliers de yuans, tout ça pour rien.
Parce que le Sonyericsson P990i est une calamité sans nom, conçue par une équipe de techniciens et d'informaticiens alcooliques et dépressifs ayant perdu toute notion du besoin des consommateurs humains et même de leur morphologie. A croire que ces zouaves travaillent en vase clos quelque part dans une cave, loin de toute civilisation.
Passe encore que le Sonyericsson P990i tourne sur le moins intuitif et le plus lent programme de toute la création, le tout flanqué dans un boîtier d'une ergonomie à pleurer.
Non, le pire, c'est que le Sonyericsson P990i se plante lorsque vous téléphonez, la seule tâche qui devrait fonctionner lorsque l'on parle de téléphone, non ?
Vous venez donc de perdre plus de deux heures en déplacements inutiles. Retour au bureau pour utiliser un bon vieux téléphone à fil et vous excuser... Merci Sonyericsson. Vive l'iPhone.
Vous aimez les fonctionnaires en Suisse ? Vous allez adorer les fonctionnaires en Chine ...
Au risque de généraliser méchant encore une fois, je dirai que le modèle chinois adopte alternativement les postures suivantes :
- Posture 1 : celle de l'incompétent, style : "vous êtes dans le mauvais service", "vous n'avez pas suivi la procédure", "je ne peux (veux) pas vous aider". Ou comment chercher à écarter le gêneur
qui le contraint à lever son train pour travailler la moindre.
- Posture 2 (illustrée ci-dessous) : celle du pointilleux qui va exiger encore une n-ième copie certifiée conforme, encore un coup de timbre inutile sur les questionnaires remis, encore une attestation à la noix dans un office à deux heures aller-retour du sien. Ou comment punir le gêneur qui a interrompu sa
sieste.
Voici un beau timbre humide à encre rouge typiquement chinois.
Le timbre c'est LE moyen de signature pour toute entité juridique. Chaque société, étrangère ou chinoise, doit en posséder un. Chaque organisme d'Etat en détient un également, avec une jolie étoile communiste au milieu.
Sans timbre, pas d'existence juridique pour une personne morale. Car la signature manuscrite, par exemple des directeurs autorisés à signer pour une société, n'a tout simplement aucune valeur. Tout au plus, votre main pourra ajouter la date du jour à côté du timbre rouge.
Les personnes physiques (vous et moi) peuvent également faire fabriquer leur propre timbre qui aura plus de foi que leur signature manuscrite.
En résumé, vous pouvez ainsi passer dans la boutique spécialisée du quartier et faire fabriquer, sans aucun contrôle préalable de votre autorisation pour le faire (c'est du vécu), un timbre humide au nom de n'importe qui. Un timbre qui sera instantanément perçu comme authentique et dûment légitimé aux yeux de mes hôtes. Je vous laisse imaginer le monde de possibilités que cela ouvre. Naturellement, se faire passer pour Alain Morrisod à Shanghai fait prendre le risque d'une condamnation pour usurpation d'identité, mais c'est ce qui fait le piment de l'opération.
- Max 2 a remplacé Max. A peine arrivé dans son aquarium, Max 2, un peu gras de l'aileron, peine déjà à descendre jusqu'au fond pour jouer avec le canard. Mauvais signe !
- Et ça c'est pour impressionner mon boss. C'est réalisé sans trucage aucun. De la vraie moquette d'ascenseur de dimanche.
Max le poisson était le poisson vivant à l'altitude la plus élevée que je connaissais. Il pouvait se targuer d'être dans l'un des deux cents gratte-ciel les plus hauts du monde. Depuis ses appartements, il culminait à près de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans son bel aquarium, Max jouait avec son ami le canard. La grande vie quoi !
Max a atterri dans ce coin du bureau parce qu'une maîtresse FengShui a dit qu'il y manquait du Shui (Feng = le vent, Shui = l'eau, vous avez tout compris c'est aussi simple que ça). Alors on y a mis un aquarium et pis comme un aquarium sans poisson dedans c'est pas vraiment un aquarium, on y a encore ajouté un poisson rouge, parce que c'est ceux qui portent bonheur.
Mais Max ne l'entendait pas de cette écoutille. Une semaine après son arrivée, il faisait la planche sur le dos, ce qui n'est pas un bon cygne pour un poisson.
Max, si tu nous entends là-haut, c'est pas bien ce que tu as fait. Déjà, si on croyait au FengShui, on pourrait très mal interpréter ton départ. Et pis, je ne sais pas quoi faire de ton ami le canard, même comme presse-papier il est totalement inutile.
Aujourd'hui, c'est vendredi. C'est marqué sur la carpette de tous les ascenseurs au cas où tu aurais oublié.
Alors comme chaque matin tu prends l'ascenseur qui va directement à l'étage de ton bureau (très pratique d'être le premier étage desservi du deuxième échelon d'une tour, le soir aussi, tu rentres plus vite à la maison) ...
... et puis tu fais connaissance avec la nouvelle réceptionniste (mais oui, tu as bien vu, c'est un iMac 20 pouces).
Et, oh, surprise ! Tu découvres que ce vendredi c'est le jour de nettoyage de ta rangée de fenêtres. A moins que ce ne soit le jour du base jumping avec de la grosse corde de chanvre.
Pour un salaire mensuel défiant toute concurrence (1000 à 2000 yuans, soit 150 à 300 francs), l'expatrié moyen peut s'offrir l'aide d'une assistante personnelle niveau Bachelor avec maîtrise de l'anglais (et parfois du français). Les trois candidates entendues étaient déconcertantes. La première avait comme principal souci la possibilité de prendre deux semaines de vacances après le nouvel-an chinois; la deuxième, très ambitieuse, m'interrompait sans cesse pour poser ses conditions; quant à la troisième, elle avait plus besoin d'être assistée que son futur boss. Le grand nez vuilleblog a encore beaucoup de choses à apprendre sur le monde du travail en Chine.