Il y a peu, l'auteur mâle de ce blog est allé voir dans un tribunal de première instance chinois (un tribunal dont il avait déjà fait les extérieurs avec des manifestants). Lorsque les affaires ne sont pas embarrassantes pour le pouvoir (Hu Jia ou les 3000 Tibétains enfermés depuis les heurts du 14 mars par exemple), on applique le droit en Chine. Les parties ont un avocat et elles peuvent faire valoir leurs moyens de défense.

Dans un procès civil, les parties peuvent notamment répliquer (ce qui veut dire "répondre (par écrit) aux arguments de la partie adverse", en langue vulgaire).

Et c'est là que ça devient drôle. Parce qu'en chinois, répliquer se prononce DaBian, "Da" au deuxième ton (ou accent) et "Bian" au quatrième ton. Le deuxième ton sur "Da" est particulièrement important. Prononcez en audience "Da" au quatrième ton et vous commettez un grave incident procédural. Imaginez un instant un respectable avocat vaudois (appellation contrôlée) sortir en audience "Monsieur le Président, je sollicite un délai pour déféquer".

Par écrit, pas de confusion possible, la première ligne c'est sérieux comme une réplique d'avocat, et la deuxième ligne, bein, c'est la grosse commission (la petite commission se dit XiaoBian).


Des générations d'avocats chinois ont dû faire cet excellent jeu de mots à la revue annuelle du barreau (mouais, quoique, sont plutôt assez sérieux et premier degré par ici).

Ci-dessous, une photo du portique de sécurité du tribunal, puis du signal annonçant devant chaque salle qu'une audience est en cours (l'équivalent du "On Air" pour les tribunaux). Pas osé photographier dans une salle d'audience, sorry.




Mardi 15 avril 2008

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Comme en français où LE "secrétaire" est un secrétaire d'Etat alors que LA "secrétaire" n'est que l'assistante d'un patron mâle, la forme féminine des idéogrammes chinois est très souvent associée à quelque chose d'inférieur.

Un des exemples les plus criants trouvé à ce jour. Les deux idéogrammes ci-dessous se prononcent "ji" au quatrième accent et sont composés de l'élément "zhi" (soutenir, appuyer, etc) à droite. Mais leur radical (l'élément en rouge à gauche) est différent. Le premier idéogramme est composé du radical "nü" qui veut dire la femme. Le second est composé du radical "ren" qui veut dire l'homme.

Le sens du premier idéogramme est "prostituée", alors que celui du second est "habilité", "génie" ou "talent".

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Autre exemple. Lorsqu'on dit d'un homme qu'il se marie avec une femme, on utilise l'idéogramme "qu", qui contient dans sa partie supérieure en vert l'élément "qu", qui signifie "obtenir" ou "choisir". En revanche, lorsque l'on parle d'une femme qui se marie, il faut utiliser le second idéogramme "jia", ci-dessous, qui contient à droite l'élément "jia" signifiant la "famille", le "ménage", la "maison". Ainsi, le mâle conquérant choisit sa proie, alors que la faible femelle trouve refuge dans un ménage.

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Et pour couronner le tout, le second idéogramme "jia" ci-dessus signifie non seulement se marier en parlant d'une femme... mais également "faire retomber un malheur sur autrui" !

Dimanche 9 mars 2008

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Ma prof de chinois, qui se perfectionne en linguistique, m'a appris quelque chose d'intéressant aujourd'hui : les Chinois seraient plus rapides à la lecture que les Occidentaux. Si elle manquait de références pour étayer son argumentation, son raisonnement me semble assez solide pour le diffuser sur vuilleblog.

Recommençons depuis le bédut. Nos langues occidentales se fondent sur un alphabet, c'est-à-dire sur un système de signes graphiques disposés dans un ordre conventionnel, qui sert à retranscrire les sons de la langue. Alors que le chinois est composé d'idéogrammes, qui sont des signes graphiques traduisant directement le sens d'un mot, et non les sons qui le composent.

Indéniablement l'utilisation d'un alphabet est plus efficace que des idéogrammes chinois pour créer (et mémoriser) de nouveaux mots. En effet, au lieu de refaire à chaque fois un petit dessin, on utilise l'une des 26 briques Lego à disposition.

En revanche, le processus de lecture est plus lent pour un Occidental qui doit mentalement "lire" ou "prononcer" chaque mot avant d'en comprendre le sens.

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Alors que le Chinois comprend directement le sens idéogramme (ou d'un mot, composé le plus souvent de deux idéogrammes) à sa seule vision. La prononciation n'est alors nécessaire que lorsqu'il doit communiquer oralement ce qu'il lit.

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Vous n'y croyez pas ?

Prenez ci-dessous l'exemple d'un "idéogramme" * universellement connu et de son équivalent dans notre langue avec ses caractères abstraits. Alors, qu'est-ce que vous parvenez à lire le plus rapidement ? Et, qu'est-ce que vous devez "prononcer" mentalement avant d'en comprendre le sens ?

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* Je sais, c'est un pictogramme et non un idéogramme. Mais les deux sont des signes graphiques figurant directement leur sens, sans transcrire une prononciation. A moins de se greffer le cerveau d'un Chinois, je ne vois pas d'autre façon d'approcher simultanément les deux processus de lecture.


 
Dimanche 24 février 2008

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Ach, l'apprentissage du chinois écrit, quelle calamité ! Heureusement, vuilleblog vous propose aujourd'hui deux outils magiques pour avancer plus vite encore dans vos lectures.

Le premier outil, utilisable dès aujourd'hui, prend la forme du "plug-in" gratuit ChinUp à installer sur votre navigateur Firefox (ne me dites pas que vous utilisez encore l'archaïque Windows Explorer pour vous ramasser toutes les infections de l'humanité en surfant sur le net). Ensuite, quel plaisir de pouvoir déplacer le curseur de votre souris sur les mots chinois que vous ne comprendriez pas encore... C'est magique, votre PC sait maintenant mieux lire le chinois que vous ! (Précisons que, si vous êtes le malheureux propriétaire d'un PC sous Windows XP et non d'un Mac, vous devrez préalablement installer les polices de caractères nécessaires pour afficher les caractères chinois des sites que vous visiteriez).

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Le deuxième outil n'est pas encore disponible de manière universelle. Mais il s'annonce très prometteur pour ceux qui perceront le secret de la Matrice dans laquelle nous vivons (cette référence cinématographie ne peut être comprise que par ceux ayant visionné la trilogie "The Matrix" des frères Wachowski). Ci-dessous, Trinity en fait usage pour télécharger instantanément dans son cortex les connaissances nécessaires pour piloter un hélicoptère. J'imagine que télécharger quelques milliers d'idéogrammes chinois ne devrait pas prendre beaucoup plus de temps.
 

Jeudi 13 décembre 2007

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Le japonais écrit est composé (1) des alphabets de quelques dizaines de signes hiragana (ci-dessous) et katakana (des signes qui transcrivent des sons mais n'ont pas de sens propre, comme c'est le cas de nos caractères romains et du pinyin), et (2) ... de quelques milliers d'idéogrammes de chinois traditionnel. Les alphabets hiragana et katakana peuvent s'apprendre en quelques jours. Comptez quelques années pour les idéogrammes ...

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Après avoir appris les signes hiragana et le katakana (sans le vocabulaire qui va avec), vous serez juste capable de prononcer le japonais écrit en hiragana et en katana, mais sans rien comprendre à ce que vous dites (comme c'est le cas de Yan Na avec le français, Yan Na ayant appris nos 26 caractères romains et leur prononciation).

A l'inverse, si vous avez déjà une base de chinois, vous pourrez comprendre le sens général de phrases écrites en japonais utilisant les idéogrammes chinois, mais vous serez incapable de prononcer lesdites phrases, la prononciation japonaise étant à des années lumières de celle du chinois.

Ainsi, grâce à sa solide base de chinois, Madame vuille a évité de rentrer dans les toilettes réservées aux hommes (nan2ce4) ...

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... et n'a pas manqué de remarquer l'avis de danger (wei1xian3) faisant défense (jin4zhi3) d'entrer (ru4) à l'intérieur d'une canalisation d'eau (dao3shui3). Une traduction-interprétation sommaire qui a suffi ici.



Samedi 10 novembre 2007

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vuilleblog a présenté le système du pinyin (translittération ou transcription des sons des idéogrammes chinois dans notre alphabet) comme méthode de recherche dans un dictionnaire, d’apprentissage pour un étranger et de saisie d'idéogrammes sur un téléphone portable ou sur un ordinateur. Fidèle à lui-même, vuilleblog a claironné un peu vite que le pinyin allait mettre en danger la langue chinoise et la culture chinoise elle-même. Grave erreur. En effet, les Chinois ont à disposition d’autres techniques pour saisir leurs idéogrammes avec un clavier.

Le Wubihua

Le Wubihua tout d’abord. Cette méthode de saisie de texte présente un triple avantage : pas besoin de connaître le pinyin et de se plier au diktat de claviers conçus pour et par des occidentaux (1), maintien du niveau de connaissance de l’écriture des idéogrammes car la saisie se fait en fonction des traits les composant (2) et réduction massive de la taille du clavier nécessaire (3). Ce dernier point (3) est le plus incroyable puisque seules 5 (cinq) touches sont nécessaires. IN-CRO-YA-BLE, mais que comment que les Chinois qu’ils font pour saisir des milliers de caractères avec 5 touches, là où nous, Occidentaux, avons besoin d’une touche par caractère ?

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Les cinq touches utilisées sont les chiffres 1 à 5 du clavier numérique. Le 1 correspond à un trait horizontal, le 2 à un trait vertical, le 3 à un trait tombant sur la gauche, le 4 à un trait tombant sur la droite et le 5 à un crochet au sens large du terme. Et le Chinois saisit simplement chaque trait du caractère souhaité (il est donc indispensable de savoir écrire un caractère dans l’ordre de ses traits).

Exemples parlants avec les chiffres 1 à 3 et le caractère feng1 (abondant) :

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Les choses se compliquent toutefois lorsque plusieurs caractères commencent avec la même séquence de traits ou lorsque le caractère est composé de plus de cinq traits, ce qui est tout de même assez fréquent... En effet, l’utilisateur ne peut pas saisir plus de cinq traits composant un caractère. L'informatique vient alors à la rescousse en proposant de choisir (à l'aide de flèches, de la souris ou en frappant le chiffre correspondant) dans une liste de caractères. Ci-dessous le caractère zang4 (trésor) composant le mot XiZang (Tibet).

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Le Wubixing

Pour ceux qui suivent encore, les Chinois nous ont concocté une autre méthode de saisie sur clavier, plus difficile encore à capter pour qui ne sait pas écrire les idéogrammes chinois. Pour simplifier, disons que les caractères chinois sont composés d'éléments graphiques redondants, dont la catégorie la plus connue est celle des radicaux (bushou), qui permettent de retrouver un caractère dans un dictionnaire. Or il est possible de recenser par zone les éléments graphiques apparaissant dans un caractère, puis de les ressortir dans l'ordre desdites zones à l'aide d'un clavier.

Contrairement à la méthode Wubihua, le Wubixing nécessite plus de cinq touches d'un clavier US QWERTY, relativement proche du clavier vaudois. Piqué quelque part sur le net, voici un clavier Wubixing avec les éléments graphiques correspondants à chaque touche.

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Attention toutefois, pour les idéogrammes comprenant plus de quatre éléments graphiques, l'utilisateur doit se borner à saisir les trois premiers et le dernier. Exemple avec shu1 (transporter) qui se décompose et se saisit avec la séquence "lwgj" sur le clavier.

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Le traducteur Wubihua-Wubixing-pinyin intégré

Des outils informatiques permettent de traduire chaque idéogramme en code Wubixing (première ligne), Wubihua (deuxième ligne) et pinyin (troisième ligne). Ca aide.

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Mercredi 26 septembre 2007

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Phénomène très à la mode aujourd’hui : les parents envoient leur ado boutonneux en Chine pour, officiellement, apprendre le chinois. En réalité, il apprend surtout à faire la foire. L’ado, en totale errance, se cherche une place, une matière d’études et surtout... un/e copain/ine... Il profite de son séjour en Chine pour s’éclater - c’est à ça que ça sert les séjours de langue non?! - mais là c’est carrément grave car faire la fête à Shanghai c’est facile et pas cher!

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Après 4 heures de cours, il rentre, parfois en taxi, dans son immense appart en collocation ou dans son studio de luxe (ici c’est moins cher et de toute façon papa paie) et se repose en regardant un dvd, en allant boire un café au Starbuck ou, si c’est une fille, en faisant un tour au fitness. Après un rapide et pas cher repas dans un ptit chinois du coin, la vraie vie commence avec une soirée “all you can drink” c’est-à-dire que pour 10 euros environ l’ado peut se défoncer la tronche sans limite et ensuite montrer sa vraie nature, celle d’un gars cool qui assure! De retour à la maison au petit matin, le livre de chinois est toujours à la même place dans le sac (et y restera jusqu’au prochain cours) et l’heure du réveil approche dangereusement. C’est pas grave, l’ado, libre de toute obligation, décide de n’aller au cours qu’à 11h30... c’est cool la vie en Chine!!! Sans compter que pendant les cours, l’ado prolonge les pauses à sa guise, rentrant et sortant de la salle de classe comme bon lui semble.... quand il en a marre de raconter sa vie de débauche à son voisin... à haute voix bien sûr! Que dit le prof? Rien... tant que papa paie.

Vendredi 21 septembre 2007

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Aujourd'hui, effeuillage de lois chinoises. Paf, voilà la réglementation des grades dans la Grande Maison, et la manière de les porter (sur l'ourlet du pantalon au-dessus du genou en été, au-dessous du genou en hiver).

Tout en haut de l'échelle à nouilles, tellement haut qu'il n'a pas de nouille mais juste l'emblème national de la république populaire de Chine (celui qu'on trouve sur les ouatures de police, mais sans les gyrophares), le Commissaire général de police et son suppléant (zongjingjian et fuzongjingjian). Des gerbes de blé, la grande étoile du Parti Unique et le petit peuple qui l'entoure et le soutient (les quatre classes ou les premières minorités? les interprétations ont changé) et puis la porte Tiananmen et un drapé du plus bel effet. Puis viennent les Commissaires de la première à la troisième classe qui n'ont droit qu'à une demi couronne de blé dur.

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Viennent les nouilles avec les Chefs de rayon (jingdu) et les Inspecteurs (jingsi), classes de toxicité 1 à 3 à chaque fois.

Et tout en bas de l'échelle, les agents de police de première et de deuxième classe que l'on croise tous les jours.

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Mardi 18 septembre 2007

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C'est l'histoire d'un grand, mais alors d'un très grand, pays avec plein, mais alors tout plein, de petits habitants dedans. Ces habitants dessinaient un oiseau huppé pour exprimer le mot "oiseau", un char vu de dessus pour exprimer le mot "voiture" et un homme qui marche pour le verbe "aller". A la fin de la journée, les petits habitants du grand pays avaient créé des milliers de signes graphiques pour exprimer chacune des choses de l'univers. Naturellement, apprendre puis retenir tous ces caractères cela mangeait beaucoup de temps, qu'ils ne consacraient pas à faire quelque chose de plus intelligent. Qu'à cela ne tienne : l'effet de masse aidant sans doute, les petits habitants du grand pays parvinrent à inventer tout seuls la soie, la boussole et la poudre qui pète deux fois.

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Pendant ce temps, les grands habitants des petits pays piquèrent le vers à soie, copièrent la boussole et améliorèrent les feux d'artifice pour en faire des armes qui tuent. Les grands habitants des petits pays avaient une manière plus rationnelle d'exprimer les choses, avec un jeu de moins de 30 caractères abstraits qu'ils regroupaient pour former des mots. Ce qui faisait qu'ils pouvaient consacrer le temps perdu pour apprendre à s'exprimer par les petits habitants du grand pays pour faire des choses plus intelligentes, comme inventer la bombe atomique par exemple.

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Dans le meilleur des mondes, le choc entre ces deux manières de s'exprimer aurait pu se limiter aux seules traductrices du grand pays, chargées d'aider les grands habitants des petits pays à trouver l'usine la meilleur marché pour produire des jouets au plomb. Mais les grands habitants des petits pays avaient inventé un nouvel alphabet fait de zéros et de uns, tellement puissant que l'univers entier devait maintenant l'utiliser. Tel un ver dans le fruit, l'informatique abstraite et froide avait infesté le grand pays du concret bien chaud. Et c'est avec des claviers conçus pour les grands habitants des petits pays que les petits habitants du grand pays s'écorchèrent à utiliser un alphabet qu'ils ne maîtrisaient pas, en délaissant leurs propres caractères qu'ils ne maîtrisaient plus.

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Dans un ultime sursaut, le grand pays décida de n'utiliser plus que la transcription de sa langue dans les caractères abstraits des petits pays, reléguant les idéogrammes aux oubliettes de l'histoire. Mais les petits habitants du grand pays avaient, sur les grands habitants des petits pays, des générations de retard dans leur apprentissage, qu'ils ne comblèrent jamais. Bientôt, le grand pays ne fut plus qu'une immense usine de jouets au plomb, avec des contremaîtres des petits pays pour la faire fonctionner. Et vuilleblog mît définitivement la clé sous le paillasson.

Note pour plus tard : la fiction ci-dessus n'a RIEN mais alors RIEN à voir avec la Chine. Parce que les Chinois n'utilisent pas tous le pinyin comme méthode de saisie.

Deuxième note pour plus tard : il faut toutefois admettre que les Chinois lisent plus vite que nous.





Lundi 17 septembre 2007

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J'ai dû lâcher ici, ou encore que le chinois écrit ne s'apprenait pas aussi vite que l'espagnol écrit sur une plage en Galice, mais que c'était un apprentissage indispensable pour qui veut un jour savoir le chinois (ce qui est l'ambition secrète des auteurs de vuilleblog).

Même dans sa forme simplifiée, le chinois écrit est truffé de "faux amis", comme lie4 (chasser) et mao1 (le chat) ci-dessous.

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Et les Chinois aussi se prennent allègrement les pieds dans le tapis de leurs caractères. Comme ma petite prof privée, niveau universitaire, qui écrit huang2 (jaune) comme ça (en mélangeant d'ailleurs les éléments principaux des deux caractères précités) ...

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alors que ce caractère huang2 s'écrit ainsi ...

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Bon, on ne me la fait pas. Mes neurones avaient déjà appris à rattacher huang2 (jaune) à yan3 (jouer, développer) qui contiennent tous les deux le même élément central ...

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Tout ça, c'est la faute à l'informatique, encore une fois. Parce que les Chinois n'écrivent plus leurs caractères depuis longtemps : ils utilisent les nôtres pour taper leurs sms ou écrire sur le PC ! La situation inquiète le Ministère de l'éducation qui vient d'introduire des dictées à la Pivot pour tenter de relever le niveau.

De mon côté, j'ai bien retiendu la leçon : je recopie depuis quelques mois déjà le dernier roman de Stephen King dans sa version chinoise. Y a que comme ça que ça puisse rentrer et rester dans la boîte crânienne.


Dimanche 16 septembre 2007

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Le chinois écrit, c'est des milliers d'idéogrammes à mémoriser. Les idéogrammes sont des signes graphiques qui traduisent le sens d'un mot et non les sons qui le composent (à l'inverse des caractères de notre alphabet latin qui transcrivent les sons qui les composent mais n'ont pas de sens propre). Un lecteur ne peut donc pas savoir la prononciation d'un idéogramme chinois, avant de l'avoir préalablement appris (avec l'expérience, toutefois, on finit par savoir comment un idéogramme encore inconnu se prononce).

Les idéogrammes ont une prononciation, toujours monosyllabique, qui peut se retranscrire dans nos caractères romains (ou se romaniser si vous préférez) à l'aide du "pinyin" (en chinois littéralement : "figurer les sons à l'aide de transcriptions phonétiques").

Les dictionnaires les plus utilisés par les étrangers sont ceux qui classent les idéogrammes en fonction de leur transcription phonétique en pinyin, le tout dans notre bon vieil ordre alphabétique (en y ajoutant encore les accents (ou tons), classés du 1er au 5ème). Pour les autres méthodes de saisie de caractères, passez par ici.

La question du jour est donc la suivante : comment qu'on fait pour retrouver un caractère chinois dans un dictionnaire à entrées en pinyin ?

Etape 1 : acquérir un dico chinois-français concis, du type de celui édité en commun par La presse Commerciale et Larousse. Environ 4000 idéogrammes. Je le sais parce que je les ai tous collés sur les murs d'une pièce avant que l'on me place chez les fous à Cery.

Etape 2 : Déterminer l'idéogramme dont on cherche la prononciation (première étape nécessaire) et (c'est le plus important) le sens. Comme ce drôle de périscope de sous-marin à quatre pattes par exemple.


Etape 3 : Déterminer quel est le radical (bushou) de l'idéogramme en question. Ici, c'est les 4 pattes en bas du caractère. Ce radical est composé de quatre traits. Il faut donc trouver le radical de quatre traits dans la table des radicaux du dictionnaire (bushou mulu), située au début de la partie chinois-français dudit. Ce radical porte le dossard no 71.


Etape 4 : Retrouvez la prononciation pinyin de l'idéogramme recherché dans la liste des idéogrammes no 71, soit la liste des idéogrammes comprenant ces quatre pattes comme radical. Les idéogrammes sont classés dans cette liste par le nombre de traits suivant le radical. Ici, pas d'échappatoire, il faut savoir le nombre de traits, ce qui implique de savoir écrire les traits des idéogrammes dans le bon ordre.


Etape 5 : Maintenant que vous savez que le périscope à quatre pattes se prononce "dian" au 3ème accent (le circonflexe à l'envers au-dessus de "dian"), vous pouvez enfin vous rendre dans la partie du dictionnaire classant les idéogrammes par leur transcription en pinyin. Sous chaque idéogramme, la liste des mots, composés de deux idéogrammes, qui l'utilisent. Car la bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'un idéogramme tout seul, ça ne sert pas à grand chose.


Et pour vous faire des sueurs froides, le dico vous indique entre parenthèse l'idéogramme en chinois traditionnel, celui que l'on utilise encore à Hong Kong notamment.

Ou comment passer d'un caractère de 9 traits plus ou moins digeste ...



... à un monstre de 17 traits ...

Vendredi 15 juin 2007

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Quatre et mort se prononcent tous deux "si" en chinois (prononcez "se" en "vaudois"). Le Chinois moyen n'aime donc pas trop ce chiffre ou tout nombre qu'il forme.


Résultat ? Pas moyen de loger au 4ème, au 14ème, au 24ème étage (ni au 13ème étage d'ailleurs) d'une tour d'habitation qui se respecte.


Dans les tours de bureaux, le 4 n'a pas disparu. Mais, croyez-moi, c'est toujours les pigeons qui se collent le 44ème étage !
Lundi 11 juin 2007

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Les linguistes ont décrypté pour vous la fréquence des mots dans plusieurs langues.

Ils ont découvert qu'en anglais, en français, en allemand, en espagnol ou encore en russe les deux mots les plus fréquemment utilisés sont "non" et "je", alors qu'en chinois c'est "oui" (shi) et "homme" (ren).

Voilà qui en dit long sur l'égocentrisme individualiste qui affirme sans ambages sa volonté ("je ne veux pas"), un égocentrisme qui caractérise les peuples du premier groupe de langues.

Quant aux Chinois, la fréquence de "oui" et "homme" en dit beaucoup sur l'effacement de l'individu au profit de la société (l'homme, l'autre en général avant soi-même) et sur l'incapacité de dire "non" à son interlocuteur.

Vendredi 25 mai 2007

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Seulement un peu plus de la moitié de la population chinoise maîtrise le mandarin (ou Putonghua). Un chiffre peu réconfortant pour les étrangers qui ont consacré, ou s'apprêtent à consacrer, de longues années à l'apprentissage du chinois officiel.

Ce choc linguistique prend toute son ampleur en mars de chaque année lors de l'Assemblée nationale populaire qui voit affluer vers la capitale 3000 délégués de l'ensemble des régions de la Chine pour jouer au jeu de la grande démocratie (la scène se rejoue également tous les cinq ans à la fin de l'été avec le Congrès national du Parti). Et là, c'est un peu comme lorsque les conseillers nationaux montent à Berne, venant de toute la Suisse avec leurs affreux accents improbables dans le meilleur des cas (je pense ici aux Valaisans) et leur dialecte qui fait peur dans le pire des cas (le grand luxe linguistique de la Suisse).

En Chine, au sein de l'ethnie largement majoritaire les Han (1,15 mia), le mandarin officiel n'est de loin pas parlé par tous; mais les Hans utilisent en principe tous les caractères chinois orthodoxes (certains les écrivant toutefois encore dans leur forme traditionnelle non simplifiée). Ainsi, les Hans de Shanghai (cliquez ici si vous souhaitez les entendre brailler) donnent l'impression d'être tout juste alphabétisés lorsqu'ils s'expriment en chinois officiel devant le plenum de Beijing. Une situation que l'on pourrait comparer à celle du politicien zurichois, fils de riche famille de banquiers, débarquant à Berlin pour une cession parlementaire en bon allemand. Ou à Samuel Schmidt s'exprimant en français, ça marche aussi.

Mais la situation se corse encore avec les ethnies minoritaires.

La minorité Zhuang dans le sud du pays (province de Guanxi), qui compte tout de même 16 millions de membres, a en effet non seulement sa propre langue parlée, mais également sa propre écriture. Les minorités Miao (7,4 millions de personnes), ouïgour (7,2 millions de personnes), Yi (6,6 millions), mongole (4,8 millions), tibétaine (4,6 millions), Buyi (2,5 millions), Dong (2,5 millions), Yao (2 millions), coréenne (1,9 million), Hani (1,25 million), kazakhe (1,1 million) et Dai (1 million) utilisent également une écriture propre ou combinée avec les caractères chinois officiels.

Si en plus de ne pas comprendre ce qui dit son voisin, le délégué de l'Assemblée nationale populaire ne parvient pas à lire ce qu'il écrit, je ne peux qu'imaginer l'intensité des échanges. Et tout le poids politique que doit peser l'Assemblée nationale populaire dans la balance de Beijing. Mais, là encore, je ne suis qu'une mauvaise langue.
Dimanche 11 mars 2007

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La dernière en date pour faire rentrer les caractères : le système d'exploitation en chinois.



Avec cette méthode, si vous voulez éviter de ne plus pouvoir utiliser votre ordinateur, les mots de base comme "sauver", "quitter" ou "redémarrer" doivent en effet rentrer très vite.
Dimanche 11 février 2007

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Fichus accents chinois ! Pour avoir trop négligé cet élément essentiel de la langue chinoise, je m'offre une thérapie de choc sous la forme d'une heure quotidienne de lecture de textes chinois relativement complexes avec ma répétitrice. Son rôle ? confirmer l'accent que je note au-dessus de chaque caractère. C'est bien plus rapide qu'avec un dictionnaire de poche. Et voilà ce que ça donne sur le papier.


Le premier accent est plat comme la paume de la main, le deuxième monte, le troisième descend puis remonte, le quatrième descend rapidement et le "cinquième" est neutre.
Lundi 29 janvier 2007

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Le comique Jean Dujardin ("Un gars/Une fille", "Brice de Nice") a toujours reçu une oreille attentive de la part des vuille. Même si, il est vrai, certains de ses gags ne sont pas des plus subtils (il ne faut pas nous en vouloir, c'est notre manière à nous de nous décoincer).

Ca a donc vraiment été un grand plaisir de le retrouver dans un bac de DVD au pied de l'immeuble. Et pour seulement 1 franc suisse, ce qui ne gâche rien (je sais, avec ça, Dujardin n'a pas dû toucher beaucoup de royalties, mais je me rattrape en lui faisant une pub d'enfer sur vuilleblog).

Les scènes sont tirées de "OSS 117, Le Caire - Nid d'espions" sorti l'année dernière, où Dujardin campe un espion français au Caire en 1955.

Le rapport avec vuilleblog et l'apprentissage du chinois me semble évident : l'autosuffisance occidentale (ici des Français) face à une culture et une langue étrangères complexes.








Bon, l'avantage dans l'apprentissage de l'arabe au moins, c'est qu'il se fonde sur un alphabet, c'est à dire sur un système de signes graphiques disposés dans un ordre conventionnel qui sert à retranscrire les sons de la langue. Alors que le chinois représente directement les mots à l'aide de signes sans se préocupper de leur valeur de son... ce qui fait qu'il faut 2000 signes pour se faire comprendre et 7000 pour atteindre un niveau universitaire.
Jeudi 11 janvier 2007

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Dans le froid d'un matin à Shanghai, les petits apprennent à compter en faisant de la gymnastique en plein air. Répétez après eux : Yi Er San Si Wu Liu Qi Ba ...

Jeudi 21 décembre 2006

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Hong Kong c'est aussi le chinois traditionnel, c'est-à-dire le chinois écrit d'avant la réforme de "l'orthographe" entreprise dans les années 50 pour faciliter le travail de l'apprentissage. Concrètement, plus de la moitié des caractères en chinois traditionnel contiennent plus de traits que leur version simplifiée utilisée en Chine continentale. Voici par exemple ce qu'on voit dans le train qui relie l'aéroport à l'île de Hong Kong ...


... ji1chang2. Faites vous-même la différence avec la version simplifiée en haut et traditionnelle en bas, ci-dessous.


Les chinois de Hong Kong, vous diront que seul le chinois traditionnel permet de retrouver le véritable sens de chaque élément d'un caractère, son étymologie, clé indispensable pour l'écrire correctement et le mémoriser facilement. Mais cette touffe de traits supplémentaires rend plus difficile la lecture des caractères qui sont souvent simplifiés de fait parce que la matrice d'une police à l'écran ne permet pas de représenter l'ensemble des traits.


Bon, moi je constate surtout que non seulement je ne comprends pas leur chinois parlé (ils parlent le dialecte cantonais ici), mais en plus ma "planche de salut" de l'écrit ne sert plus à rien dans cette ville. Heureusement, Hong Kong est officiellement parfaitement bilingue anglais. La preuve ci-dessus : pas de problème pour trouver LE spécialiste.
Vendredi 15 décembre 2006

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Voici le nom que les copines chinoises veulent me donner. "Ting" signifie gracieuse en chinois. Moi, je trouve joli mais je reste sceptique car chui pas une sonnette de vélo ou bien ?

Vendredi 20 octobre 2006

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